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Cette année, nous avons connu un hiver long, marqué par des records de froid.  Ce fut un hiver encore plus rigoureux que ceux auxquels nous sommes habitués, mais nous y avons survécu.  Toutefois, je ne peux m'empêcher de penser à cette saison dans le contexte de l'histoire de HBC et me demander quel effet elle a eu.

Voltaire a décrit avec mépris l'Amérique du Nord, ou plus précisément la Nouvelle-France, comme «quelques arpents de neige».  C'est effectivement l'impression que les Européens devaient avoir.  Nos hivers ont en effet été une découverte cruelle pour eux, qui s'attendaient à un climat similaire au leur, surtout à la même latitude.  Mais jeter un coup d'œil à la latitude de la Grande-Bretagne ou du Midi de la France comparativement au Canada permet de rejeter rapidement cette pseudoscience.

Il n'en demeure pas moins que l'hiver était une composante essentielle de la traite des fourrures.  Pour les commerçants en fourrure, l'année se divisait en deux saisons : l'hiver et le reste.  Ces saisons se démarquaient au moyen d'événements météorologiques annuels, tels que le gel et le dégel.  L'hiver était, pour de nombreuses raisons, la période la plus importante de l'année.

La qualité du produit était la clé du succès de la traite des fourrures.  Les peaux provenant du Canada étaient (et demeurent) les plus prisées, et cette réalité découle directement du climat extrême.  Les animaux réagissent au froid en produisant une fourrure épaisse et dense.  Plus il fait froid, meilleure est la qualité des peaux.  Par conséquent, les hivers rigoureux étaient essentiels à la rentabilité de HBC.

Mais que faisaient les commerçants pendant que Mère Nature s'occupait d'assurer la qualité de leur produit?  L'hiver était la saison des activités sociales.  Le rythme de travail ralentissait beaucoup parce que les conditions météorologiques nuisaient à la plupart des activités de commerce.  Mais les rivières et les lacs gelés convenaient bien aux longs déplacements en traîneau avec ou sans chiens, ou en raquettes.  Avec la diminution du temps de travail et l'augmentation des temps de loisir, l'hiver était la période idéale pour faire des visites, effectuer des mutations de personnel entre les postes de traite et mettre à jour la documentation.

L'une des traditions les plus colorées de la traite des fourrures, celle du Beaver Club, est née de la nécessité de trouver des activités pour combler les longues journées d'hiver.  La Compagnie du Nord-Ouest fonde le Club à Montréal en 1785; il s'agit d'un club social sélect s'adressant aux commerçants en fourrures qui ont passé au moins un hiver dans l'intérieur des terres.  Les membres se réunissent le deuxième mercredi de chaque mois, depuis la première semaine de décembre jusqu'à la deuxième d'avril.  Les réunions prennent la forme de repas élaborés, avec de nombreux services, qui durent jusqu'aux petites heures du matin; l'alcool coule à flots et les convives se laissent aller à de bruyantes libations.  Les invitations au club sont difficiles à obtenir et extrêmement prisées.

De nos jours, l'hiver a bien sûr une signification totalement différente.  C'est la saison des fêtes, et du très important quatrième trimestre qui détermine le succès ou l'échec de l'exercice financier.

Tout comme par le passé, l'hiver est à la fois la fin de quelque chose et l'occasion de remettre le compteur à zéro pour la nouvelle année.

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